Regards

Quelques regards sur le travail d'André Jomelli.

Claude Bagard

Lorsque j'ai rencontré André, nous avions vingt ans ou guère avec, comme dit le poète.
Nous étions en Algérie et faisions oeuvre de pacification.
Déjà, il possédait cette façon qui lui est propre de planter chacun de ses pas comme un paysan Cévenol qui sait où il va.
Et moi je le jalousais secrétement. A cette époque, où la plupart d'entre nous s'interrogeait sur le devenir, lui savait, il était peintre, il peignait, il peindrait... et il peint.
Ce qui m'a frappé, dès nos premières rencontres, c'est sa façon de vous voir, de vous entendre, avec un intérêt réel qui faisait de vous quelqu'un d'important.
Mais André c'est aussi la faculté d'émmerveillement intacte d'un enfant.
C'est également celle de régaler ses amis de magnifiques colères toujours dirigées contre la mesquinerie et la bêtise.
Si j'ajoute à cela une remarquable culture, j'imagine qu'une telle richesse ne peu s'exprimer par de simples mots de tout le monde, qu'il faut un instrument de musique, un ciseau ou un pinceau.
Quoiqu'il en soit, si je ne comprends pas tout ce qu'il peut exprimer, j'aimerais quelquefois voir le monde avec les yeux de mon ami.

François Mathey

Parler d'un peintre est a la fois une angoisse et un risque. Angoisse d'être juste convainquant, d'exprimer maladroitement l'ambition de l'artiste, d'être serviteur et juge sans que la nécessaire amitié devienne flagornerie.
Pour comprendre et donner à partager une oeuvre il faut remonter aux sources, s'orienter à tâtons sans autre béquille que l'imagination, trompeuse quelquefois, hasardeuseen tout cas.
Or l'oeuvre de Jomelli n'est de celles que l'on découvre à pas comptés en dénomrant les petits cailloux du sentier. D'emblée, il y a déjà près de 30 ans, il vous flanquait sa peinture en pleine figure tant elle est généreuse, intense à prendre ou à laisser. Les sources étaient évidentes. Matisse bien sûr. Il y avait beaucoup d'amour, un amour fou de la couleur, de l'énergie à revendre, l'esspace à conquérir. Tant de santè refuse la parcimonie, elle s'exprime dans le geste large, jeté qui éclate sur la toile et tant pis s'il éclabousse.
Ainsi se proclame la joie. Mais le tableau de chevalet n'était guère à sa dimension physique; il lui fallait du mur et il a fait des murs pour assumer sa passion. L'espace mural permet aussi le combat où se heurtent, déchirent, de violentes tensions. Le mur fut le champ clos de bataille d'où émerge dans une lumière parfois confuse le sentiment de la paix.
le temps qui passe règle les énergies sans pour autant les brimer, pour mieux les éprouver et mieux prouver la justesse et l'exigence intérieur qui les mènent. L'espace actuel de Jomelli demeure invarié mais se mesure aux dimensions exactes de la toile offerte qu'il bouscule là où se poursuit le rêve, l'exaltation des verts paturages, quand le chant devient cantate, hymne à la joie.
Alors les intuitions du coeur font saisir les véritès profondes des êtres et le regardant, médusé, ébloui, a le sentiment faux mais vrai qu'il va approcher, peut-être atteindre, la plénitude d'un moment d'éternité.
En plein lyrisme comment demeurer comptable exact de sa jubilation, peser, soupeser, estimer, mais je sais que je m'égare pas. Jomelli est livré. Son aventure lui échappe; ce n'est plus qu'un problème de société. Sans rapport avec l'art.
A suivre.

Regards un documentaire de J-L. Escarret et Y. Couvidat

André Jomelli, Artiste-peintre, a réalisé à partir des variations Goldberg de J.S. Bach une série de trente-deux toiles. Ce fut un travail long et complexe, fruit d'une rencontre artistique intense entre la musique et la peinture.